Menu

Diététiques : nos sources

Diététique hippocratique - Diététique ayurvédique - Diététique chinoise

Pour vous présenter dans Compare diet, un panorama fiable des idées sur l'alimentation santé, nous sommes allés, dans la mesure du possible, aux sources : dans les textes des médecins et penseurs de l'Antiquité ou du Moyen Age pour la diététique hippocratique, dans les textes fondateurs de l'Antiquité en Chine ou en Inde pour la diététique chinoise ou ayurvédique, dans les textes de référence pour les diététiques alternatives. Nous avons généralement consulté des textes anciens traduits en français, qui, parfois, peuvent s'éloigner de l'interprétation moderne occidentale qu'on a pu faire de ces sources.

Pour la diététique moderne officielle, nous nous sommes appuyés sur les recherches d'organismes scientifiques français comme le CIQUAL (Centre Informatique sur la Qualité des Aliments, qui dépend de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments), l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) ou l'APRIFEL (l'Agence Pour la Recherche et l'Information en Fruits et Légumes frais).

- haut -


Hippocrate, logo diététique hippocratique

Diététique hippocratique

Les grands penseurs de la diététique hippocratique peuvent se regrouper en 3 catégories :

Voici une petite présentation de nos sources et quelques citations :

Antiquité


* Hippocrate de Cos (~-460/-360 av J.C) est toujours connu grâce au serment d'Hippocrate. Il est considéré comme un excellent clinicien, qui a consigné des observations rigoureuses et qui a su dégager la médecine de la magie et de la religion. Hippocrate n'est pas toujours l'auteur des textes qui lui sont attribués. Nous ne rentrons pas dans les querelles de spécialistes et regroupons tout sous le titre de "collection hippocratique"

Les textes de la collection hippocratique qui regroupent le plus d'indications diététiques sont : Du régime, Du régime des maladies aiguës, Vents, De la nature de l'homme.

... l'homme qui se borne à se nourrir ne peut se bien porter : il y faut aussi des exercices. Aliments et exercices ont en effet des vertus opposées mais qui collaborent à la santé. (Du régime, I, 2, 2)

Est mauvais un régime de ce genre : d'une part quand on donne au corps plus de nourriture, humide ou sèche, que le corps n'en peut tolérer, sans contrebalancer par aucun exercice la quantité de nourriture, d'autre part quand on ingère des nourritures variées et dissemblables entre elles. (Vents, VII, 1)

On pourrait dire encore beaucoup de choses apparentées aux précédentes à propos des voies digestives, pour montrer qu'on supporte bien les aliments auquel on est habitué, même s'ils ne sont pas bons de nature; de même pour les boissons; et qu'on supporte mal les aliments auxquels on n'est pas habitué, même s'ils ne sont pas mauvais, et de même pour les boissons. (Du régime des maladies aiguës, XXXVI, 1)

Prier est une bonne chose, mais, tout en invoquant les dieux, il faut s'aider soi-même. (Du régime, IV, 87, 2)

Le corps humain contient du sang, du flegme (du grec phlegma, humeur glaireuse), de la bile jaune et de la bile noire. Ce sont ces éléments qui le constituent et causent ses maux comme sa santé. La santé est d'abord l'état dans lequel ces substances constituantes sont dans une proportion correcte l'une par rapport à l'autre, à la fois en force et en quantité, et sont bien mêlées. La maladie apparaît quand l'une des substances présente soit une déficience, soit un excès, ou est séparée dans le corps et non mêlée avec les autres. (De la nature de l'homme)

* Aulus Cornellus Celse (1e siècle) est probablement un médecin qui a vécu vraisemblablement sous le règne de Tibère (25 - 35). Il a écrit des traités sur l'agriculture, le droit, la philosophie et la médecine (De medecina), en se référant souvent à des sources aujourd'hui perdues. Il est un témoin de l'état de la médecine romaine du 1e siècle, avant le développement, par Galien, de la théorie des humeurs.

Les textes de Celse qui regroupent le plus d'indications diététiques sont : Traité de médecine, Livre 1 et 2.

Après avoir indiqué les remèdes qui opèrent en retranchant les principes nuisibles, il convient de s'occuper des substances qui nourrissent, c'est-à-dire des aliments solides et liquides, dont l'influence n'est pas moins grande sur la santé que sur la maladie. Il est par conséquent de mon sujet de faire connaître leurs propriétés diverses, d'abord pour que les gens en santé sachent en tirer parti, et en second lieu pour pouvoir désigner aux malades qui réclament nos soins les espèces alimentaires dont ils peuvent faire usage, sans être tenu de leur nommer une à une toutes les substances qui les composent. (Traité de médecine Livre 2, 18)

* Claude Galien (~131 - 201 ou 210) est un médecin grec de l'empereur romain Marc Aurèle. Il a voulu "finir" le travail d'Hippocrate et a repris et développé la théorie des humeurs.

Les textes de Galien qui regroupent le plus d'indications diététiques sont : L'âme et ses passions, De sanitate tuenda, De alimentorum facultatibus (Des propriétés des aliments). Seule L'âme et ses passions est traduit en français. Mais Oribase médecin grec du 4e siècle, né, comme Galien à Pergame, a repris, dans la Collection médicale une partie des textes de Galien. Et ces textes ont été traduits en français. Le livre 1e est consacré aux aliments.

S'il est bu avec mesure, le vin, par la digestion, la distribution des sucs, la production du sang et la nutrition, contribue grandement à rendre notre âme plus douce et en même temps courageuse. (Galien, L'âme et ses passions)

Ramenés à la raison, que ceux qui sont mécontents à l'idée que la nourriture peut rendre les uns plus raisonnables, les autres licencieux, capables ou non de se contrôler, courageux, lâches, doux, gentils, aimant la querelle et les conflits, viennent auprès de moi pour apprendre ce qu'ils doivent manger et boire. (Galien, L'âme et ses passions)

Il convient d'essayer, dans la mesure du possible, de fuir le mal et de lui préférer son contraire, grâce à la nourriture, aux activités quotidiennes et aux sciences. (Platon, Timée : cité par Galien, L'âme et ses passions)

* Oribase (~325-395) : médecin grec né à Pergame comme Galien. Il a fait ses études de médecine à Alexandrie et a été le médecin de l'empereur Julien l'Apostat à Constantinople. Oribase a écrit une encyclopédie médicale en 70 volumes : Les Collections Médicales, dédiées à Julien. Ces collections reprennent des citations de Galien et d'autres médecins reconnus, avec des commentaires d'Oribase. Ces livres ont été perdus et il n'en reste qu'un petit tiers, dont le Livre Premier sur les aliments.

Livre 1 - 3. De l'usage des viandes d'après les saisons :

1 - Le cochon est très mauvais après le printemps jusqu'au coucher automnal des Pléiades; depuis cette époque jusqu'au printemps il est très bon.

2 - La chèvre est mauvaise en hiver; au printemps elle commence à devenir meilleure jusqu'au coucher d'Arcture.

Livre 1 - 8. Du pain de froment :

1 - Le pain le plus favorable à la santé d'un homme qui n'est pas jeune et qui ne se fatigue pas est celui qui contient beaucoup de ferment, et aussi beaucoup de sel, qui a été longtemps trituré et manipulé, et qu'on a cuit dans un four chauffé de tous côtés à une chaleur modérée.

2 - Le goût vous servira à juger de l'excès du ferment ou du sel; car il est mauvais que le goût soit désagréablement affecté par la trop grande proportion de ces ingrédients.

Moyen Age arabe


* Jean Mesué (~776 - ~855), de son vrai nom Yuhanna ibn Masawayh. Il fut le médecin (chrétien) personnel du calife Haroun al Rachid. Il a traduit de nombreux textes grecs et écrit un livre des aphorismes (des axiomes médicaux), qui a eu un grand succès en Occident. Il a également écrit le premier traité de diététique reposant sur les propriétés des aliments de Galien, analysant les propriétés de 140 aliments sur le corps : le Livre des propriétés des aliments (Kitâb Khawâss al-aghdhiya).

20. Propriété du radis : il déterge les taches de rousseur, en pelure et en graine.

24. Propriété de la roquette : elle fait digérer la nourriture et engendre un sperme abondant.

116. Propriété du lait de vache : il tanne l'estomac et le fortifie, surtout s'il est purifié de sa crème.

* Rhazès (~864 - 923) est appelé par les chroniqueurs médiévaux "le Galien arabe". Abu Bakr Muhammad ibn Zakariyya al-Razi, de son vrai nom, est né en Perse. Plus grand médecin de son temps, il a réorganisé l'hôpital de Bagdad, où il enseignait. Il a étudié aussi bien la médecine hippocratique que la médecine ayurvédique, ainsi que l'alchimie. Rhazès a écrit plus de 200 livres dont une soixantaine de livres de médecine. Le plus célèbre de ses livres est une encyclopédie médicale en 22 volumes, le Kitab al-hawi (le livre qui contient tout), qui englobe le savoir médical du 10e siècle et qui sera traduit en latin, dès 1279, sous le nom de Continens.

Tant que tu peux soigner à l’aide d’aliments, ne soigne pas avec des médicaments. (Rhazès)

Si le patient peut être traité par le régime, éviter les médicaments, les associations de médicaments; et s'il peut être traité par des médicaments simples, éviter les associations de plusieurs médicaments. (Rhazès)

Avicenne

* Avicenne (980 - 1037).
Les textes de Galien qui regroupent le plus d'indications diététiques sont : le Canon et son abrégé le Poème de la médecine.

Si tu tiens à maintenir en bon état le tempérament de quelqu'un, donne-lui une alimentation appropriée. (Avicenne, Poème de la médecine, 792)

Ibn Sina, Les finesses de la vérité, 1271


* Grégoire Abû l-Faraj ibn al-'Ibrî al-Malatî, dit Bar Hebraeus (1226-1286), est un médecin né à Mélitène (Haute Mésopotamie). C'est aussi un moine, qui fut évêque puis auxiliaire du patriarche de l'Eglise jacobite (église orthodoxe syriaque) et qui a écrit en langue syriaque des livres de philosophie, de médecine et de théologie. Il traduit en syriaque Avicenne et Dioscoride. Son œuvre principale s'appelle Le candélabre du sanctuaire, livre de théologie dans lequel il consacre une partie à la description de ses connaissances en anatomie et physiologie. Il décrit en particulier les plantes et leurs vertus thérapeutiques.

L'akalêphê, l'ortie, c'est-à-dire bâdhâ wârd, chaude, sèche, chasse le phlegme et éveille le désir sexuel.

Monde occidental


* L'école de Salerne (Italie, au sud de Naples) a transmis à l'Europe le savoir médical des médecins grecs de l'antiquité, enrichi des recherches de la médecine arabe de Bagdad. Son principal ouvrage rédigé vers 1060 est Flos medicinæ vel regimen sanitatis Salernitanum (La médecine selon le régime sanitaire de l'école de Salerne). Ce texte médical comprend, en particulier, des règles d'hygiène et d'alimentation pour se "préserver en santé".

Veux-tu jouir en paix d'une santé prospère,
Chasse les noirs soucis, fuis tout emportement;
Ne bois que peu de vins, soupe légèrement;
Souviens-toi de marcher quand tu quittes la table;
Du sommeil en plein jour crains l'attrait redoutable;
Crains en toi le séjour de l'urine et des vents.
Fidèle à ces conseils, tu vivras de longs ans.
Es-tu sans médecins ? les meilleurs, je l'atteste,
Ce sont, crois-moi : repos, gaîté, repas modeste.
(Ecole de Salerne, dédicace - traduction du 19e siècle)

* Platéarius (mort en 1161) : médecin et enseignant à l'Ecole de Salerne, Platéarius s'oppose à la tradition des formules médicales complexes (qui peuvent contenir plus d'une dizaine de plantes), héritées de la tradition médicale arabe (cf. Antidotaire Nicolas). Il écrit, entre 1130 et 1160, Le livre des simples médecines (parfois cité sous le nom de Circa instans, les premiers mots du prologue). C'est un catalogue des plantes médicinales, écrit en latin, avec description biologique et effets thérapeutiques. Comme cela se pratique souvent à l'époque, le texte d'origine sera ensuite modifié, développé, traduit, pour aboutir, au 15e et au 16e siècles, à un magnifique manuscrit illustré, dont on a conservé plusieurs versions (Paris, Leningrad). Le livre des simples médecines se situe entre l'Herbier, avec des planches illustrées de la plupart des plantes présentées, et le Codex pharmaceutique. Dans sa version la plus complète, 425 plantes et 61 produits d'origine minérale ou animale sont étudiés (la pharmacie française actuelle emploie seulement 390 plantes).

Cornichon : Les cornichons sont plus froids que les concombres, c'est-à-dire à la fin du second degré. Ils engendrent un fleugme gros et nuisent aux nerfs de l'estomac à cause de leur dureté et de leur froideur : en effet ils restent longtemps dans l'estomac se transformant en humeurs vénéneuses même si, une fois digérée, leur moelle devient moins néfaste.

* Hildegarde de Bingen (1098-1179) : religieuse bénédictine, née près de Bingen, en Allemagne, Hildegarde semble une exception dans ce monde intellectuel d'hommes. Mystique (elle a eu des visions), musicienne, médecin, appelée sainte par la ferveur populaire alors que l'Eglise ne l'a reconnue que bienheureuse, Hildegarde de Bingen a été redécouverte au 20e siècle. Elle écrit dans une langue très créative : un latin peu classique, mélangé d'haut-allemand, pas toujours facile à traduire.

En réalité, à la même époque, il y existe, à Salerne, d'autres femmes (moniales ou laïcs) qu'on qualifierait aujourd'hui de médecins (elles n'ont alors que le titre de matrones). Parmi elles, on a conservé les noms de Trotula (qui serait l'épouse de Platéarius), Rebecca, Calenda ou Abella. Elles ont écrit des ouvrages scientifiques, mais toutes ont été discréditées ensuite quand les universités, dépendantes de l'Eglise, se sont développées.

Les écrits et les théories médicales d'Hildegarde de Bingen ont été mis à la mode par le mouvement naturopathe et certaines féministes, qui la présentent comme un médecin exceptionnel (la conscience inspirée du 12e siècle), aux théories révolutionnaires. Un naturopathe allemand a d'ailleurs créé, sur les bords du lac de Constance, une clinique, qui s'inspire des méthodes d'Hildegarde, pour soigner les maladies de civilisation. En réalité, Physica, appelé aussi Liber simplicis medicinae [livre de simples médecines], comme le livre de Platéarius et publié actuellement sous le titre de Livre des subtilités des créatures divines, reprend les grandes classifications de la diététique hippocratique. Hildegarde de Bingen mélange parfois sa vision médicale des plantes et son esprit religieux, c'est probablement là la principale différence avec les autres textes de diététique médiévale :

Et certaines herbes possèdent en elles la vertu des arômes les plus puissants, l'âpreté des arômes les plus amers. Si elles appaisent la plupart des maux, c'est que ceux-ci sont produits par les esprits mauvais et qu'elles les ont en horreur. Mais il y a aussi des herbes qui contiennent en elles, pour ainsi dire, l'écume des événements, et dans lesquelles les hommes abusés tentent de trouver leur fortune. Celles-ci, le diable les aime et se mêle à elles. (préface)

Quand Hildegarde décrit ensuite les plantes, son observation semble plus détachée de cette vision religieuse qui fait actuellement son succès dans certains milieux en recherche d'une médecine plus holistique :

Les pastèques sont froides et humides; elles se nourrissent de l'humidité de la terre; elles font naître de l'amertume dans les humeurs de l'homme et ne sont pas bonnes à manger pour ceux qui ne sont pas en bonne santé. (chapitre LXXXVII b)

La myrtille : Le fruit qui pousse sur les buissons de myrtille, et qui est noir, contient en lui beaucoup de froid, et cette humeur froide qui vient de la terre et des pierres fait plus de mal que de bien. Il ne vaut rien, même en médecine, mais ce fruit fait du mal à qui en mange et provoque des rhumatismes.

A partir du 13e siècle, de nombreux textes appelés Régimes de santé sont souvent des commentaires ou des développements du Régime de santé de Salerne.

* Tacuinum Sanitatis : Il s'agit d'un manuel de santé, conforme aux théories d'Hippocrate, qui décrit la valeur diététique de nombreux aliments : fruits et légumes, céréales, viandes et poissons, laitages. Ce manuel donne également des conseils d'hygiène de vie. L'original est un texte arabe du 11e siècle, écrit par un médecin chrétien de Bagdad (mort vers 1068) : Ibn Butlan. Le texte s'appelait à l'origine, en arabe : Kitâb Taqwîm as-sihha (L'Almanach de santé), devenu en latin Tacuinum de santé (sanitatis). La traduction en latin a été réalisée à la cour de Manfred, fils de l'empereur Frédéric II Hohenstaufen entre 1254 et 1266. Le Tacuinum est un très beau manuscrit illustré, recopié une vingtaine de fois dans toute l'Europe.

Lait caillé. Nature : froide et humide. Sélection : lait de bêtes jeunes. Utilité : combat la flatulence de l'estomac. Inconvénients : pèse sur l'estomac. Remède : sucre et sel. Effets : sang flegmatique. Convient particulièrement aux complexions chaudes, aux jeunes, en été, dans les régions méridionales.

Promenade. Sa nature est une progression des forces vers un certain but. Sélection : celle qui conduit à une destination particulièrement noble. Utilité : c'est un accomplissement du pouvoir moteur et de la personne en mouvement. Inconvénients : quand on en abuse. Remède : éviter les obstacles et se reposer de l'excès de mouvement. Le mouvement vigoureux convient aux complexions froides, le mouvement modéré aux complexions chaudes; par ailleurs, il est salutaire aux jeunes très robustes, et en été, ou, selon d'autres sources, au printemps, et dans une région située au-delà de la zone tempérée.

* Aldebrandin de Sienne (13e siècle) est un médecin italien, dont on connaît peu de choses, sinon qu'il a fini sa vie à Troyes. Il a écrit, en français, en 1256, le Régime du corps, un traité sur la conservation de la santé, en particulier grâce à une alimentation adaptée. Ce texte est le premier livre de diététique écrit en français.

Il conseille de se nourrir de "semblable chose à la nature de chacun, c'est-à-dire chose chaude à chaude nature et froide chose à froide nature, et ainsi des autres natures".

* Arnau de Vilanova (ou Arnaud de Villeneuve, 1240 - 1311) est un médecin catalan né au nord de Valencia, qui a voulu refonder une médecine rationnelle, tournée vers la pratique. Il est à la fois médecin, philosophe, théologien, astrologue, alchimiste. Il parle latin, arabe et hébreux, ce qui lui permet d'étudier aussi bien Galien qu'Avicenne ou Rhazès. Arnaud de Villeneuve, médecin et ambassadeur au service du royaume d'Aragon, a côtoyé ou soigné les grands de l'époque : les papes Boniface VIII, Benoît XI et Clément V, le roi de France Philippe IV le Bel, le roi Jacques II d'Aragon, l'empereur Frédéric II Hohenstaufen. Il a été emprisonné plusieurs fois pour hérésie et s'est réfugié, à la fin de sa vie, à la cour de l'empereur et roi de Sicile Frédéric II. Médecin réputé, il a enseigné à la faculté de médecine de Montpellier : c'est lui qui a conseillé le pape d'Avignon Clément V quand il a fixé le programme des études de médecine dans une bulle en 1309.

Ses œuvres de diététique sur lesquelles nous nous appuyons : Regiment de sanitat a Jaume II (texte catalan de 1305), Regimen sanitatis en françoys (traduction française d'un des nombres Regimen en latin, publié en 1501).

La joie modérée convient à ceux qui ont de grandes activités et soucis. On peut modérer ou acquérir cette joie en buvant et mangeant des nourritures délectables et en fuyant toutes choses qui engendrent la mélancolie. (Regimen sanitatis en françoys)

* Bartolomeo Sacchi dit Platine (1421 – 1481) est un lettré italien né près de Mantoue, au service, en particulier, du pape Sixte IV à Rome. Platine est surtout connu pour ses ouvrages d'histoire mais il a écrit vers 1470 De honesta voluptate et valitudine (de l'honnête volupté et de la bonne santé), une suite d'informations et de réflexions sur la nourriture, l'hygiène alimentaire et la diététique ainsi que des recettes de cuisine du cuisinier italien Maestro Martino. Son manuscrit a été traduit en français et imprimé en 1505 sous le titre du Platine en françoys.

Quand le corps sera reposé de toute agitation et qu'il faut après vêpres venir manger ou souper, il nous faut désirer et demander de la nourriture que notre estomac puisse facilement cuire et digérer. Il faut manger sobrement, principalement pour les mélancoliques et flegmatiques, auxquels de nombreuses maladies viennent la nuit à cause de la nourriture. (Platine en françoys)

* Jean Bruyérin-Champier (1497 - ) est un médecin français de Lyon qui a été au service du roi François 1e. Il a écrit un ouvrage sur Averroès, une traduction latine d'Avicenne. Mais il est surtout connu pour son "encyclopédie" sur l'alimentation : De re cibaria (De l'alimentation), écrite en latin en 1560. Il s'agit d'une sorte de catalogue des produits alimentaires connus à la Renaissance, qu'ils proviennent d'Europe, d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique. Chaque fois qu'il le peut, il fait référence aux écrits des anciens (Pline, Celse, Galien) et donne des indications diététiques.

Il est vraiment scandaleux que l'homme ne sache pas de quelles nourritures il a réellement besoin. (De re cibaria)

Ceux qui ont l'estomac fragile, ainsi que les malades et les vieillards, évitent toujours les aliments crus, et mangent un peu de salade cuite. (De re cibaria, L VIII, ch 2, Les salades)

Les poulets se recommandent admirablement dans l'alimentation des biens portants comme des malades. Aucun autre aliment ne passe pour être plus inoffensif. (De re cibaria, L XV, ch 23, Le poulet)

* Le Trésor de santé est un livre français de diététique publié par un médecin anonyme en 1607. C'est le témoignage de la diététique et de l'alimentation à l'époque du roi Henri IV. Moins encyclopédique et plus médical que le De re cibaria de Jean Bruyérin-Champier, le Trésor de santé présente la valeur diététique de la plupart des aliments décrits et donne des recettes de cuisine pour malades.

Quand on sert à la fin des repas les fruits cuits, comme pommes et poires, ou pêches, on les couvre de fenouil, ou d’anis, ou de cumin, ou de coriandre, ou d’aneth, ou de carvi, qui sont capables de corriger les flatuosités et la frigidité de ces fruits. Ce sont des semences chaudes et sèches au 3e degré, pour aider à la digestion. Mais chacune a quelque vertu particulière.

Le fenouil et l’anis aident à la conservation de la vue. La coriandre et l’aneth y sont contraires, si on en use trop. Le fenouil et la coriandre sont lents à digérer. Le cumin, anis, carvi, et aneth, aident à l’estomac et facilitent la concoction (cuisson). Le cumin et la coriandre, selon le jugement d’Avicenne, ont cette vertu principale, de rabattre les fumées qui montent au cerveau. La coriandre et l’aneth provoquent le dormir. (Trésor de santé, livre 7)

- haut -


Dhanvantari, logo diététique ayurvédique

Diététique ayurvédique

La Caraka Samhita (La collection de Caraka) est l'un des textes fondamentaux de l'Ayurvéda, du début de l'ère chrétienne, écrit en sanskrit : Agnivesha, disciple du sage Atreya Punarvasu aurait recueilli les enseignements de son maître et le texte aurait été remanié par Caraka. Seul Caraka est probablement un personnage historique. Il aurait repris un texte plus ancien appelé Agniveshatantra (le livre d'Agnivesha). Le texte qui nous est parvenu a été révisé au 9e siècle, par un auteur du Cachemire.

Seule la consommation d'une nourriture saine soutient et active la croissance de l'individu. L'alimentation malsaine est la véritable cause de la plupart des maladies. (Ch XXV, 30)

Celui qui se gave d'aliments onctueux, sucrés, lourd, gras, de céréales, de vin, de la chair d'animaux des marécages ou d'animaux aquatiques, de lait et de ses dérivés, de sucre et de préparations à base de farine, et qui, en même temps, s'abstient d'exercice physique... souffrira des maux provoqués par la satiété.

- haut -


Le Yin et le Yang, logo diététique chinoise

Diététique chinoise

Suwen (Simples questions) : avec le Lingshu (Le pivot spirituel), ce livre forme le Nei Jing (Classique de la tradition ésotérique de l'empereur Jaune), traité de médecine attribué à Huang Di, l'Empereur Jaune (~2697 – 2598 av. J.C.). C'est une compilation de textes médicaux écrite entre le 3e et le 9e siècle. Le texte a été réorganisé par Wang Bing (710-804). Mais l'origine du Suwen semble plus ancienne, débutant vraisemblablement à l'époque des Royaumes Combattants (453 – 222 av. J.C.) et se poursuivant pendant l'époque Han. Le Suwen a été commenté régulièrement jusqu'au 17e siècle.

L'eau est yin et le feu est yang, Yang fait les souffles et yin fait les saveurs.
(Suwen, 5, Grand traité sur la correspondance des phénomènes au Yin/yang, 13)

Ainsi, quand on mange trop salé,
Le réseau de l'animation se fige et se coagule
Et le teint est altéré. (9)

Quand on mange trop amer
La peau se flétrit
Et les poils s'arrachent (10)

Quand on mange trop âcre,
Contractures du musculaire
Et dessiccation des ongles. (11)

Quand on mange trop acide,
Les chaires deviennent calleuses
Et les lèvres se retroussent. (12)

Quand on mange trop doux,
Douleur dans les os
Et chute des cheveux (13)

Voilà les atteintes portées par les Cinq saveurs.
(Suwen, 10, Chapitre disant comment s'opèrent la production et l'organisation à partir des Cinq zang)


- haut -