Dossier thématique - Santé

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Maladies de l'alimentation

1 - Manque de nourriture : 1.1) La famine - 1.2) L'enfermement - 1.3) L'anorexie - 1.4)  L'avitaminose ou carence en vitamines
2 - Excès de nourriture : 2.1) L'obésité - 2.2) La boulimie.

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Depuis l'Antiquité, nous savons que l'alimentation peut nous soigner ou nous rendre malade. Les diététiques historiques parlent déjà des aliments qui sont mauvais pour la santé.

Par exemple, le Su Wen (diététique chinoise), dit :

Trop d'acide dans les saveurs fait déborder les souffres du foie… Trop de salé dans les saveurs fatigue les souffles des grands os, rétracte les chairs et comprime les souffles du cœur. Trop de doux dans les saveurs suffoque les souffles du coeur...

La Caraka Samhitâ (diététique ayurvédique) dit :

Les maladies les plus détestables peuvent survenir après consommation de nourritures incompatibles.

Jean Bruyérin-Champier au 16e siècle (diététique hippocratique) dit :

Prenez garde surtout de ne pas consommer d'aliments de mauvais suc, étant donné que tant de maux menacent ainsi votre santé et même votre vie.

Mais leur connaissance des aliments est très empirique. Par exemple, les médecins s'ils connaissent, depuis Hippocrate, le scorbut, n'attribuent pas cette maladie à une carence en vitamine C et ne savent pas vraiment le soigner avant le 18e siècle. Puis l'arrivée de la médecine et de la chimie modernes ont permis de déterminer scientifiquement la notion d'équilibre alimentaire.

On peut être malade de l'alimentation parce qu'on a une alimentation insuffisante ou trop peu diversifiée, qui crée des carences alimentaires (avitaminose, anorexie). On peut être malade de l'alimentation parce qu'on a une alimentation trop riche ou qu'on mange trop (obésité, boulimie). On peut être malade de l'alimentation parce qu'on mange en excès certains produits que le corps n'arrive pas à réguler : sucre pour le diabète, gras pour le cholestérol, sel pour l'hypertension. Ces excès peuvent aboutir à des maladies cardio-vasculaires. Certaines allergies et 30 % des cancers actuels sont aussi liés à l'alimentation.

Voici quelques maladies de l'alimentation :


1 – Manque de nourriture

L'être humain a besoin de nourriture, véritable carburant du corps. S'il est privé de nourriture, il meurt de faim. Cette situation existe dans 3 cas : la famine causée par l'absence de nourriture en raison des guerres ou des mauvaises récoltes, la famine causée par la privation de nourriture par des tiers (prison), la famine causée par la privation de nourriture par soi-même (anorexie). Mais il ne suffit pas de manger en quantité suffisante pour être en bonne santé : une nourriture déséquilibrée, carencée en vitamines et oligo-éléments, peut aboutir au même résultat.

1.1) La famine

On parle de disette quand la nourriture commence à manquer et de famine quand le manque de nourriture est plus général.

La guerre peut détruire les récoltes ou empêcher les cultures. Certaines populations, quand elles n'ont plus de réserves alimentaires, peuvent alors mourir de faim. Un climat trop sec ou trop humide, pendant trop longtemps, peut compromettre les récoltes. La famine peut alors toucher des populations entières si des secours alimentaires ne peuvent arriver à temps.

La famine a toujours existé et l'homme a toujours cherché à l'éviter. Actuellement, en principe, seules certaines régions du Tiers Monde, en guerre, peuvent être touchées par la famine, mais beaucoup de pays en voie de développement connaissent encore des disettes ou une malnutrition chronique. Selon l'ONU, 37 pays sont touchés, en 2008, par une crise alimentaire grave, pour des raisons économiques : les plus pauvres dans ces pays n'ont plus les moyens d'acheter les denrées alimentaires de base en raison de la hausse brutale de leur coût. Les Nations Unies ont mis au point un Programme Alimentaire Mondial, qui veut libérer le monde de la faim. Le PAM nourrit en moyenne chaque année 90 millions de personnes dans plus de 80 pays.

Les secours alimentaires (PAM et ONG) réussissent à atteindre les populations victimes de la sécheresse ou des inondations quand la région touchée est en paix. Mais c'est plus difficile dans les zones de conflit. C'est pourquoi les disettes touchent actuellement certaines régions du Tiers Monde en paix et les famines les régions en guerre.

Famine en Irlande
Famine en Irlande
Illustration dans Illustrated London News, 22 Décembre 1849

Le monde a connu de nombreuses famines qui ont tuées des millions de mort : en Chine (au 14e et au 19e siècle), en Inde (au 18e et au 19e siècle), en France (au 17e et 18e siècle), en Irlande (au 19e siècle). Certaines famines datent de moins d'un siècle : en URSS (en 1921-22 et en 1943-44), au Biafra (1967-69), au Sahel (1965-70).

On parle beaucoup des famines au Moyen Age, mais la Peste Noire a fait plus de ravages que les nombreuses disettes causées par les mauvaises récoltes de céréales : la peste a tué environ 25 millions d'européens, soit 25 à 70 % des habitants selon les régions, entre 1347 et 1352.

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1.2) L'enfermement

Les camps de concentration, certaines prisons, les périodes d'esclavage ont laissé le triste souvenirs d'être humains enfermant d'autres êtres humains et les privant totalement ou partiellement de nourriture. Cette situation peut aboutir à une déshumanisation, un affaiblissement général et à la mort.

Il est actuellement impossible de présenter une estimation des personnes mortes de faim au 20e siècle, dans les camps de concentration nazis, les goulags soviétiques, les camps de rééducation chinois ou au Cambodge pendant la période Khmers rouges.

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1.3) L'anorexie

L'anorexie est un trouble de l'alimentation. Nous l'avons mise dans la catégorie "manque de nourriture", car il s'agit bien d'une privation volontaire de nourriture.

Pour des raisons psychologiques parfois complexes, certaines personnes (dans 90 % des cas des jeunes filles), refusent plus ou moins de s'alimenter. Ces adolescentes ont une image négative de leur corps, se trouvent trop grosses et veulent maigrir à tout prix. Tout tentative de leur prouver qu'elles ne sont pas grosses se heurte à un déni total de la situation réelle. Elles ont également une attitude très particulière vis-à-vis de la nourriture : intérêt exagéré allant parfois jusqu'à préparer des repas pour les autres sans rien manger, tri sélectif des aliments selon des critères qui leur sont propres, volonté de contrôle de l'évacuation de la nourriture : elles peuvent abuser des laxatifs et des diurétiques et se faire vomir quand elles ont mangé.

L'anorexique est souvent une jeune fille ayant des conflits affectifs familiaux ou professionnels. Elle s'isole du monde, veut contrôler son corps ainsi que les modifications de son corps et de son esprit liées à la féminité et à la vie sexuelle. Elle surinvestit la vie intellectuelle, elle se méfie de ses émotions et du désir. L'anorexique est souvent brillante intellectuellement et très active. Son programme sévère de restriction alimentaire est parfois renforcé par la publicité qui privilégie la minceur. L'anorexique vit un combat permanent entre son corps et son esprit, avec un sérieux problème de frontière entre elle et le monde, elle et la nourriture.

L'anorexie mentale est une véritable maladie mentale qui nécessite des soins et une psychothérapie. Une anorexie sévère peut aboutir à une situation proche de la famine. Le corps d'une anorexique peut être aussi décharné que le corps d'une personne victime de la famine, comme l'a prouvée une campagne contre l'anorexie lancée par le publicitaire italien Oliviero Toscani en 2007.

La mort peut survenir, par arrêt cardiaque, dans 6 à 10 % des cas.

Il semble que 50% des anorexiques soignées retrouvent un poids normal. 20% d'entre elles grossissent un peu tout en restant maigres, 20% restent anorexiques, 5 % deviennent obèses. Depuis une vingtaine d'année, en Occident, l'anorexie serait en augmentation. Elle toucherait 0,5 % des filles de race blanche entre 12 et 18 ans.

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1.4) L'avitaminose ou carence en vitamines

Cette carence en vitamines se retrouve actuellement essentiellement dans les pays en voie de développement. Elle était fréquente en Occident autrefois, pendant les périodes de guerre ou de disettes, lorsqu'il n'était pas possible de se nourrir correctement, en quantité ou en diversité. Les marins, qui entreprenaient des voyages au long court et qui ne pouvaient pas embarquer des produits frais pour toute la traversée, souffraient également de carences alimentaires. La mono-alimentation à base de pomme de terre ou de maïs, dans les classes les plus pauvres d'Irlande, de France ou d'Italie a également créé des carences en vitamines au 19e siècle.

Les symptômes varient selon la carence en vitamines. Nous parlons ici seulement des avitaminoses créées par une nourriture déséquilibrée et non par une déficience de l'organisme, qui empêcherait l'absorption des vitamines :

- Avitaminose B1 : La carence en thiamine (vitamine B1) s'appelle le béribéri. Les populations pauvres d'Asie ou d'Afrique qui mangent quasi exclusivement du riz décortiqué peuvent souffrir du béribéri. En Occident, cette maladie peut aussi toucher des alcooliques ou des personnes âgées qui ont une alimentation particulièrement déséquilibrée.

Le béribéri se caractérise par une fatigue et un amaigrissement. Il peut évoluer en béribéri sec : sensation de brûlure et engourdissement des jambes, atrophie musculaire qui peuvent aboutir à une impossibilité de se lever et de marcher. Le béribéri humide se caractérise par une insuffisance cardiaque, des veines qui se congestionnent, des oedèmes. Cette insuffisance cardiaque peut conduire à la mort.

On trouve de la vitamine B dans les céréales complètes, la levure (pain, bière), la viande de porc. Pour guérir du béribéri, il suffit d'injecter de la vitamine B1 au malade et de lui recommander de varier son régime alimentaire. Une nourriture équilibrée permet d'éviter le béribéri.

- Avitaminose B3 ou PP : Elle donne la pellagre. La vitamine B3 ou PP est aussi appelée niacine, un des composant de la vitamine B3. On la retrouve principalement dans les protéines animales : lait, œufs, abats, viandes blanches, poissons. Les fruits et légumes en contiennent en quantité inférieure. Les populations pauvres qui mangent presque exclusivement du maïs et très peu de protéines animales, peuvent être atteintes de pellagre. Le maïs contient de la niacine, mais cet acide aminé n'est pas immédiatement disponible.

Au départ, la pellagre ne touchait que l'Amérique du sud, patrie d'origine du maïs. Quand le maïs est devenu l'aliment principal de certaines régions d'Europe du Sud et de l'Est, au 18e et 19e siècle, la pellagre est arrivée en Europe. Au début du 20e siècle, la pellagre a également touché les esclaves noirs et les métayers pauvres du sud des USA et les ouvriers pauvres d'Afrique du Sud. Actuellement la pellagre touche l'Egypte, l'Afrique et l'Inde. Certains camps de réfugiés de Tanzanie, dans les années 1960, ont été atteints de pellagre, car la majorité des réfugiés consommaient exclusivement du maïs offert par les USA.

La pellagre (mot créé à partir du latin pellis : peau et du grec agra : prise) se caractérise d'abord par des troubles cutanés : rougeurs, démangeaisons, épaississement de la peau. Puis des troubles digestifs (aphtes, diarrhées, vomissements) et des troubles nerveux et mentaux (insomnies, maux de tête, dépression, perte de mémoire, voire démence) peuvent conduire à un affaiblissement et un amaigrissement important qui peuvent entraîner la mort.

Le maïs contient de la niacine, mais cet acide aminé n'est pas immédiatement disponible. Au Mexique ou au Guatemala, on a conseillé de manger les tortillas avec un jus de citron vert pour se protéger de la pellagre. On soigne habituellement la pellagre par des cachets de niacine et par un régime alimentaire riche en protéines animales.

Il suffit de manger une nourriture équilibrée pour éviter la pellagre.

- Avitaminose C : Elle donne le scorbut. C'est la maladie des personnes qui ont une alimentation pauvre en légumes et fruits frais. Elle touchait autrefois particulièrement les prisonniers, les marins, les hospices et les habitants pauvres des villes. Le scorbut touche encore maintenant certains SDF de nos grandes villes ou certains habitants des bidonvilles du Tiers Monde.

Le scorbut ne devrait plus exister chez les personnes qui ont une nourriture variée. En 2003, une étude américaine a cependant révélé que des adolescents et jeunes hommes américains étaient atteints de scorbut : ils ne mangeaient que des biscuits apéritifs, du chocolat et des boissons gazeuses !

Il suffit pourtant de boire 125 à 250 ml de jus d'orange ou de manger des fruits et légumes pour éviter le scorbut.

Les symptômes du scorbut sont des gencives qui saignent, la perte des dents, la dégénérescence des muscles, des hémorragies et de l'anémie. Une personne atteinte de scorbut et qui n'est pas soignée peut mourir. C'est ce qui arrivait fréquemment du 15e au 17e siècle, à partir du développement des grands traversés maritimes de l'Atlantique ou du Pacifique. Les marins voyageaient sur mer pendant des mois : ils manquaient rapidement de légumes et de fruits frais et ne mangeaient que des céréales, de la viande salée ou séchée et du poisson.

Un rapport de la marine britannique indique qu'environ 10 000 marins auraient été victimes du scorbut entre 1580 et 1600. En 1747, le médecin anglais James Lind donne des oranges et des citrons à manger aux marins du HMS Salisbury et prouve ainsi qu'on peut guérir du scorbut. A partir de 1795, la Royal Navy donne un jus de citron à boire, chaque jour, à ses marins. Certaines plantes sont aussi utilisées comme anti-scorbutiques : le raifort et le cochléaria (une plante crucifère des terres salées des rivages marins, appelée aussi herbe aux cuillères, qui se mange comme le cresson et qui a le goût du cresson).

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2 – Excès de nourriture

Manquer de nourriture peut conduire à la mort. Trop manger peut conduire à de graves maladies qui peuvent conduire à la mort. On peut trop manger sans s'en rendre compte, c'est le cas de beaucoup d'obèses, qui ont perdu la notion de satiété. Mais on peut se gaver de nourriture, en raison d'une pathologie mentale. C'est le cas de la boulimie.

2.1) L'obésité

Hippocrate disait déjà, dans l'Antiquité :

L'homme qui se borne à se nourrir ne peut se bien porter : il y faut aussi des exercices. Aliments et exercices ont en effet des vertus opposées, mais qui collaborent à la santé.

Mais aussi : Ceux qui sont naturellement très gros sont plus exposés à mourir subitement que ceux qui sont maigres.

La Caraka Samhitâ met en garde les obèses qui sont incapables de résister aux maladies.

Autrefois

Cependant, les diététiques historiques s'intéressent plus à faire grossir les maigres qu'à faire maigrir les gros. En effet, le monde a longtemps connu la faim chronique, la disette ou la malnutrition. Seuls les gens aisés ou les clercs pouvaient régulièrement manger en abondance, avant le 20e siècle. Les aléas climatiques et l'insécurité pouvaient rendre difficile l'approvisionnement alimentaire des classes populaires. La peur de la faim s'est traduite en Europe médiévale par le mythe du pays de Cocagne : un pays imaginaire où les murs des maisons sont faits de poissons, les toits de jambons, les clôtures des champs de viandes rôties, et où l'on trouve des tables garnies à tous les coins de rues, pour tous ceux qui le désirent. Le conte pour enfants Hans et Gretel, des frères Grimm, reprend, à sa manière, l'idée d'enfants abandonnés parce que leurs parents sont trop pauvres pour les nourrir. Ils trouvent une maison de pain d'épice, avec des fenêtres en sucre, créée par une méchante sorcière aveugle, qui veut les manger quand ils seront bien gras.

Le mythe du pays de Cocagne est repris autrement dans le fabliau de Caresme et Charnage : une bataille parodique, à la manière des romans de chevalerie. D'un côté nous avons le gras Charnage accompagné de ses chevaliers, représentés par des saucisses et des viandes variées. De l'autre nous avons le maigre Carême, accompagné par des poissons, symboles du jeûne et abstinence recommandé par l'église catholique. Et c'est naturellement Charnage (qui représente la période où l'on peut manger la viande), qui gagne. Bruegel l'Ancien, dans le tableau appelé Le combat de Carnaval et Carême, représente, au 16e siècle, cette bataille entre Charnage appelé cette fois Carnaval et Carême.

Quand on sait que les maisons étaient peu chauffées en hiver, jusqu'aux années 1950, que les principaux moyens de déplacement étaient la marche à pied ou à cheval, jusqu'au début du 20e siècle, on comprend mieux pourquoi le Tacuinum Sanitatis recommande, au Moyen Age, la consommation du gras et du lard en hiver et aux personnes âgées.

C'est ainsi que pendant des millénaires, dans le monde entier, la maigreur est symbole de maladie ou de famine, alors que la grosseur est symbole de beauté, de bonne santé et de richesse.

Par exemple, au Japon, la tradition du Sumo gras serait liée, à l'origine, à un rite de fécondité agricole. En Mauritanie, on a gavé les femmes comme on le ferait pour des oies, jusqu'à une période très récente : leur embonpoint était le symbole de leur beauté. Le gouvernement mauritanien fait actuellement campagne contre le gavage des femmes, mais les images mentales de la beauté ont encore du mal à changer, chez les hommes comme chez les femmes. En Inde, la Caraka Samhitâ recommande à l'homme de dormir, en hiver, dans les bras d'une femme épanouie ayant des seins généreux.

Bain turc, Ingres

Bain turc, Ingres

Ce culte des formes généreuses des femmes bien nourries, symbole de beauté, se retrouve, en Europe, dans de célèbres tableaux de nus féminins de Botticelli au 15e siècle, de Rubens au 17e siècle, Ingres ou Renoir au 19e siècle.

Jusqu'au début des années 1960 en Europe, un beau bébé est un bébé gras, dans la publicité et l'imaginaire des mamans, qui n'hésitent pas à suralimenter leurs enfants.

Aujourd'hui

Dans tous les pays du monde, la majorité des êtres humains avait l'habitude d'une alternance de périodes de disettes et de périodes d'abondances : les fêtes étaient marquées par des repas plantureux dans tous les milieux, les plus riches offrant souvent de la nourriture aux plus pauvres. Les maisons étaient peu ou pas chauffées et les exercices physiques étaient quotidiens dès qu'il fallait se déplacer, aller chercher du bois pour la cuisine ou l'eau au puit...

Aujourd'hui, la faim est devenu un mauvais souvenir dans les pays développés, les maisons sont désormais chauffées l'hiver, parfois climatisées l'été, les transports sont motorisés. Mais notre corps a gardé, à la suite des millénaires de famine endémique, l'habitude de stocker des graisses en période d'abondance pour survivre en période de disette. Et notre esprit a gardé l'idée que se priver de nourriture est une mauvaise chose, la liberté de s'alimenter étant un privilège dont on peut désormais jouir.

Parallèlement, l'industrie agro-alimentaire a mis à notre disposition des nourritures industrielles, très riches en calories, qui n'existaient pas auparavant : biscuits apéritifs, plats cuisinés, boissons gazeuses, gâteaux sucrés, desserts glacés, barres chocolatées, etc.

Dès le début du 19e siècle, les riches bourgeois gourmands, comme Brillat-Savarin, doivent lutter contre l'obésité causée par la gourmandise, alliée à une absence presque totale d'exercice physique. Il reconnaît que l'obésité a une influence fâcheuse sur les deux sexes en ce qu'elle nuit à la force et à la beauté.

Dans la deuxième partie du 20e siècle, l'obésité change de camp. Les plus instruits et les plus riches savent maintenant que la minceur est symbole de beauté. La mode veut des corps minces et sportifs. Cette mode de la minceur va parfois jusqu'à célébrer l'anorexie : on a pu constater la maigreur de certains mannequins ou de certaines actrices. Pour obtenir cette minceur, il faut, dans un monde d'abondance alimentaire, se priver de nourriture, faire des régimes, de la gymnastique ou du sport.

Mais les nourritures peu caloriques coûtent souvent plus cher que les produits industriels hypercaloriques. C'est ainsi que les obèses ne sont plus les riches, dans les pays développés, mais les pauvres : ouvriers, petits employés, chômeurs.

Une étude américaine montre que 31,9 % des enfants américains sont en excès de poids, 16 % sont considérés comme obèses, et 11 % comme extrêmement obèses. Parmi les obèses, on compte 23% des garçons et 19 % des filles d'origine latino-américaine, 17% des garçons et 24 % des filles de race noire et seulement 16% des garçons et 14 % des filles de race blanche. L'obésité diminue quand le statut social s'améliore.

Adolescent obèse de 146 Kg
Adolescent obèse de 146 Kg

En France, L'INSEE a constaté une forte augmentation de la corpulence chez les hommes comme chez les femmes depuis 1981 et une nette augmentation de l'obésité à partir de 1990. Cette brusque augmentation ne peut être liée à des facteurs génétiques. Elle semble dépendre davantage du niveau de vie et des zones géographiques : si toute la France est touchée par l'augmentation de poids, le quart Nord-Est est davantage touché par l'obésité. Et les agriculteurs, ouvriers et employés sont plus touchés que cadres et professions supérieures. En 2003, 15 % des personnes sans diplôme ou ayant seulement le BEPC sont obèses contre 5 % des diplômés du supérieur. Une femme de ménage au chômage, habitant le Nord de la France a plus de chance d'être obèse qu'une femme cadre supérieur du Midi de la France.

L'OMS estime, qu'en 2005, environ 1,6 milliard d’adultes (âgés de 15 ans et plus) avaient un surpoids et qu'au moins 400 millions d’adultes étaient obèses. Elle prévoit que d’ici 2015, environ 2,3 milliards d’adultes auront un surpoids et plus de 700 millions seront obèses. En Europe, l'OMS prévoit que 150 millions d'adultes et 15 millions d'enfants d'Europe seront obèses d'ici 2010.

Autrefois, l'humanité manquait de nourriture. Maintenant, l'humanité souffre d'un excès de nourriture. Les conséquences, pour la santé, de l'obésité sont bien définies : augmentation des maladies cardio-vasculaires, du diabète, de l'arthrose, de certains cancers.

Comment éviter de devenir obèse ?

La prolifération des régimes et des théories pour maigrir montre qu'il s'agit d'un phénomène complexe. Est-ce un problème génétique ? Il semble que certaines catégories ethniques soient plus sensibles que d'autres au surpoids. Est-ce un problème social ? Il semble que certaines catégories sociales soient plus sensibles que d'autres au surpoids.

L'OMS estime que 20 millions d’enfants de moins de 5 ans étaient en surpoids en 2005. Des chercheurs en pédiatrie et nutrition estiment, actuellement, que seuls certains enfants sont génétiquement prédisposés à suivre une courbe de poids plus élevée que la normal. S'ils vivent dans un environnement "obésogène" c'est à dire avec une alimentation riche et une absence d'exercices physiques, ils auront tendance à être en surpoids.

Faut-il diminuer les graisses, les hydrates de carbone, le sucre et augmenter les vitamines ? Mange-t-on trop quand on est stressé par la vie moderne ? Quand on est frustré par sa vie professionnelle ou son statut social insuffisant ? Est-ce une perte de la notion de satiété ou une perte de frontières psychologiques ?

En France, depuis 2007, les publicités des industriels pour la nourriture ont l'obligation d'être accompagnées d'un avertissement sur la santé. Le développement de l'industrie agro-alimentaire est-il responsable de l'obésité ? Sommes-nous conditionnés par la publicité alimentaire qui a modifié notre alimentation ? La culture américaine du fast food, qui a déstructuré les repas, favorisé les graisses et les sucres, a influencé le monde entier. Le fast food est-il responsable de ces modifications de comportement alimentaire ?

Pour chaque question posée, il existe plusieurs réponses possibles. Un consensus se retrouve cependant sur plusieurs points :

1 – Un enfant gros devient souvent un adulte obèse. Il faut donc surveiller la nourriture et le poids des enfants, en privilégiant une nourriture variée et en favorisant les exercices physiques : un enfant qui joue souvent dehors et qui mange seulement aux heures des repas reste plus mince qu'un enfant qui regarde la télévision ou joue aux jeux vidéos de manière excessive, tout en grignotant constamment des aliments hypercaloriques. Cette surveillance est importante pour les enfants génétiquement prédisposés au surpoids (présentant une courbe de poids élevée dès la première année).

2 – Une personne a plus de chance de rester mince quand :

  • elle fait des exercices physiques réguliers,
  • elle prend des repas à heures régulières
  • ses repas se passent dans une atmosphère conviviale,
  • elle évite le grignotage,
  • elle mange une nourriture variée, en quantité raisonnable et riche en produits frais,
  • elle mange majoritairement et avec modération une nourriture fait maison.

A contrario, une personne a plus de chance de devenir obèse quand :

  • elle est trop sédentaire et ne fait pas d'exercices physiques,
  • elle mange seule et rapidement à heures irrégulières,
  • elle mange quand elle a faim (grignotage),
  • elle consomme majoritairement des nourritures industrielles,
  • elle compense son stress ou ses problèmes psychologiques par une surconsommation alimentaire.

La nourriture industrielle est très utile car elle libère du temps de préparation. Mais encore trop peu d'industriels de l'agro-alimentaire respectent les bonnes pratiques de fabrication nutritionnelle.

De plus, la culture alimentaire américaine ne favorise pas le rituel du repas pris en commun. Ce rituel est désormais perçu comme une perte de temps. On a pourtant mis à la mode la diète méditerranéenne et le French paradox. Autour de la Méditerranée, le rituel du repas pouvait être une pause conviviale, où l'on ne se contentait pas de s'alimenter, mais où manger était plus un plaisir qu'une obligation.

Rester mince est peut-être plus un état d'esprit par rapport à la nourriture qu'une suite d'obligations de restrictions alimentaires.

D'autant plus que de nombreuses études confirment le danger des régimes alimentaires à répétitions : on veut maigrir, on se contrôle et on se prive un certain temps, puis on est frustré de cette privation perpétuelle et on oublie son régime en retournant à ces anciennes habitudes alimentaires. Cet effet de yoyo aboutit souvent à l'obésité. C'est comme un escalier qu'on grimpe sans s'en rendre compte : on se croit gros, on veut perdre quelques kilos, on les perd puis on reprend du poids. Mais on dépasse vite le poids précédent et ainsi de suite à chaque nouveau régime.

Certains spécialistes proposent désormais de rétablir un comportement alimentaire guidé par ses préférences alimentaires, ses systèmes de régulation physiologiques de faim et de rassasiement.

Mais maigrir mérite, à lui tout seul, un autre chapitre.

Vous voulez vous assurer que vous mangez équilibré, selon les normes de la diététique officielle : test de la pyramide intelligente

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Voici un extrait d’article du journal Suisse Le Temps qui nous semble répondre à la question du poids idéal : Marilyn Monroe et Brad Pitt en surpoids ? Ou la contestation de l’Indice de Masse Corporelle (IMC)

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2.2) La boulimie

Nous avions classé l'anorexie dans le manque de nourriture. Logiquement, nous classons la boulimie dans l'excès de nourriture. La boulimie se caractérise par une absence de contrôle alimentaire qui permet à la personne boulimique d'ingérer de grandes quantités de nourritures en un temps relativement court. Puis la boulimique (il s'agit majoritairement d'une femme : 9 femmes pour 1 homme) se fait vomir et peut prendre des laxatifs pour maigrir. La boulimie est une addiction : une toxicomanie sans drogue. Il s'agit en effet d'un comportement compulsif.

Ce trouble du comportement alimentaire est souvent associé à l'anorexie : les adolescentes peuvent passer d'un excès à l'autre, alternant des phases de jeûne intense et phases de gavage alimentaire. Comme l'anorexie, la boulimie est provoquée par de multiples facteurs : des problèmes psychologiques et relationnels, une mauvaise image de soi, de son corps et de la minceur, un rapport pathologique à la nourriture. La personne boulimique peut avoir une peur phobique de grossir.

Les vomissements provoqués par les boulimiques peuvent entraîner une dénutrition, une déshydratation et une perte de potassium qui se manifeste par des crampes et un état de faiblesse. La régurgitation du liquide gastrique, très acide, peut également provoquer des lésions de l'œsophage, des glandes salivaires et des dents. Dans les cas les plus graves de boulimie, on peut aboutir à une rupture de l'estomac, une perforation de l'œsophage et des défaillances cardiaques.

Une psychothérapie et un traitement médical sont conseillés, pour aboutir à la résolution des problèmes affectifs. De nouvelles habitudes alimentaires doivent aussi se créer.

La boulimie toucherait, en France, 2% des femmes et 4 à 8 % des étudiantes (soit environ 220 000 femmes jeunes). Mais seulement 30% des boulimiques sont obèses.

Pour en savoir plus : Boulimie.com ou Boulimie.fr


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