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Diététiques du sexe

Diététique ayurvédique - Diététique hippocratique : aliments bons pour le coït, mauvais pour le coït, pratiques magiques, contre la luxure - Discours érotique - Diététiques alternatives.

Sans pudibonderie, les diététiques historiques, en Occident, en Inde et en Chine, font le recensement des aliments aphrodisiaques qui excitent l'appétit et donnent de l'ardeur au désir sexuel, favorisent l'érection. Ces diététiques proposent des recettes qui combattent l'impuissance, épaississent le sperme.

C'est généralement le point de vue masculin qui est traité. Certains Régimes de santé médiévaux ont un chapitre appelé D'habiter avec femme.

La science moderne ne confirme pas toujours les qualités aphrodisiaques de telle ou telle plante, ni les vertus médicinales de tel ou tel aliment. Mais il nous semble intéressant de mettre à la disposition de tous, ces points de vue historiques sur les rapports entre alimentation et sexualité.

Pour vous livrer cette diététique du sexe, et quelques extraits du discours érotique, nous sommes partis des textes d'origine dont nous vous dévoilons des citations explicites, entre autres :

Maïmonide (conseils pour favoriser le coït et combattre l'impuissance)
Cheikh Nefzaoui (Le jardin parfumé) - Platine (De honesta voluptate)
Alessandro Petronio (De la vie de l'homme et de la conservation de la santé)
Casanova (Histoire de ma vie).

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Khajuraho
Khajuraho(Inde)

Dhanvantari, logo diététique ayurvédique Diététique ayurvédique

L'Ayurveda ou la connaissance de la vie est à l'origine de la médecine en Inde. Ce système de santé se divise en 8 branches :

1 - Kaya-Chitiksa : la médecine proprement dite,
2 - Salakya-Tantra : l'oto-rhino-laryngologie et l'ophtalmologie
3 - Salya-Tantra : la chirurgie et l'obstétrique
4 - Visha-Chikitsa : la toxicologie
5 - Bhuta Vidya : démonologie (traitement des possessions d'esprits)
6 - Kumara-Bhritya : pédiatrie
7 - Rasayana-Tantra : science du rajeunissement
8 - Vajikarana-Tantra : médecine des aphrodisiaques (science de la fertilité).

Vajikarana

Dès l'origine de la médecine indienne, les troubles de l'activité sexuelle et les aphrodisiaques sont donc étudiés. Les aphrodisiaques indiens, appelés Vajikarana, sont généralement des plantes réputées toniques, qui donnent de la vigueur au corps en revitalisant les organes sexuels.

Les Vajikarana sont aussi bien des plantes qui combattent l'impuissance, augmentent la force et la virilité que des plantes qui aident à diriger l'énergie sexuelle à l'intérieur du corps pour le régénérer. Beaucoup de ces plantes augmentent Kapha ou Pitta.

Les principales plantes aphrodisiaques sont l'angélique, la férule, l'asparagus, le clou de girofle, la racine du cotonnier, le fenugrec, la renouée, l'ail, le ginseng, l'hibiscus, l'oignon cru, la graine de lotus, la rose, le safran, la réglisse, la guimauve, la graine de sésame...

Les préparations Vajikarana sont souvent à base de lait de vache, de sésame, de fèves, de patates douces, de jus de canne à sucre, de poivre long, de myrobolan emblique. Ces éléments sont souvent en association avec des testicules de bouc, de buffle ou d'âne. On trouve aussi des gâteaux sucrés, des boulettes de viandes, des fritures de poisson.

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Hippocrate, logo diététique hippocratique Diététique hippocratique

Hippocrate

Dans son traité Du Régime Hippocrate dit :

Le coït amaigrit, humecte et échauffe; il échauffe à cause de l'exercice et de la sécrétion d'humidité; il amaigrit par l'évacuation et il humecte par ce qui reste dans le corps de la fonte (des chairs), produite par l'exercice. Traduction Robert Joly in Les Belles Lettres, 2003.

Le philosophe Théodore

Lettre à l'empereur Frédéric II Hohenstaufen, au 13e siècle :

Tu t'abstiendras du coït, si ce n'est lorsque la nature le demandera et alors, satisfaisant à sa nécessité, tu ne seras pas soumis au vice, mais ce sera nécessaire au plus une fois dans le mois si la nature est en bonne santé, une fois par an il faut se purger. Le coït réglé de cette manière réchauffe le corps avec mesure, assèche ce qui est de trop, purge le cerveau et rend plus léger les reins et tout le corps. Et au contraire, sans mesure, il réchauffe le corps sans mesure, dessèche l'humide, refroidit et met en danger sécheresse et humidité, affaiblit les forces, apporte aux yeux du brouillard, est cause de nombreuses et longues maladies et détruit la vie.

Le jardin parfumé

Au 15e siècle en Tunisie, le Cheikh Nefzaoui écrit, en langue arabe, un "manuel d'érotologie arabe" intitulé Le jardin parfumé (le manuscrit s'appelle parfois Le parfum des prairies). Ce manuscrit, traduit en français au 19e siècle, est étonnamment moderne par certains aspects (l'auteur se préoccupe régulièrement de la jouissance féminine et conseille à l'homme de ne faire l'amour qu'après avoir éveillé le désir de la femme par des caresses). Le jardin parfumé fait le recensement des différentes positions sexuelles à la manière du Kâmâ Sûtra (il fait d'ailleurs référence aux positions en usage chez les peuples de l'Inde, au chapitre VI). Il dresse également le catalogue des noms des parties sexuelles de l'homme et de la femme. Mais il donne aussi, et c'est ce qui nous intéresse à Compare diet, des conseils diététiques pour favoriser le coït. Ces conseils sont dans la grande tradition de la diététique hippocratique (citations tirées de la traduction du baron R***, Picquier Poche, 2002) :

Bonne alimentation pour un coït excessif :

Ne coïte pas non plus à jeun ou immédiatement avant de manger, il te surviendrait des douleurs dans le dos, tu perdrais ta vigueur et ta vue s'affaiblirait… Il faut donc, si on veut se livrer passionnément au coït sans éprouver une trop grande fatigue, se nourrir d'aliments réconfortants : des confitures excitantes, de plantes aromatiques, de viande, de miel, d'œufs et d'autres aliments analogues. Celui qui suit ce régime est à l'abri des accidents suivants auxquels expose le coït excessif... Il faut s'abstenir de boire des breuvages gras, parce qu'à la longue ils diminuent la force pour le coït (chapitre VII)

Alimentation pour un coït vigoureux :

Si tu veux acquérir de la force pour le coït, prends des fruits du lentisque, pile-les et allonge-les d'huile et de miel débarrassé de son écume, puis avale le tout à jeun : tu deviendras ainsi vigoureux pour le coït et il y aura en toi affluence de sperme….Lorsque tu voudras rendre la jouissance encore plus voluptueuse, mâche un peu de poivre de cubèbe ou des graines de cardamome de la grande espèce, place une certaine quantité de ce que tu as mâché sur la tête de ton membre et coïte ainsi. Cela te procurera, de même qu'à la femme, une jouissance incomparable... Si tu veux que ta femme apporte une grande passion à coïter avec toi, prends un peu de cubèbe, de pyrèthre, de gingembre et d'écorce de cannelier, que tu mâcheras au moment où tu devras te réunir à elle, puis frotte ton membre avec ta salive et coïte-la. Elle te portera, à partir de ce moment, une si grande affection, qu'elle ne pourra se passer de toi, même pendant le temps que dure un clignement d'œil... Celui qui prendra des pois chiches et les fera cuire soigneusement avec des oignons, puis qui saupoudrera ce mélange de cannelle, de gingembre et de graine de cardamome, bien pulvérisés ensemble, obtiendra de l'usage de ce mets, s'il en mange, un grand désir amoureux et une force remarquable pour le coït. (chapitre XIII).

Aliments contre l'impuissance : des pâtes aux épices

Sont susceptibles d'être guéris ceux dont l'impuissance est due soit à la corruption du sperme occasionné par leur état naturel de froideur, par les maladies des organes, par les écoulements, par les fièvres et par d'autres maux semblables, soit par la promptitude excessive dans l'éjaculation. Ils doivent manger des pâtes excitantes dans lesquelles entreront des condiments tels que le miel, le gingembre, le pyrèthre, le sirop de vinaigre, l'ellébore, l'ail, la cannelle, la noix muscade, la cardamome, la langue de passereau [vraisemblablement de la semence de frêne], la cannelle de Chine, le poivre long et autres assaisonnements épicés. C'est de leur usage qu'ils obtiendront leur guérison. (chapitre XVI)

Aliments contre le nouement des aiguillettes (l'impuissance temporaire) et l'éjaculation rapide :

Pour remédier au nouement des aiguillettes, il faut prendre du galanga, de la cannelle de La Mecque, du girofle, du cachou de l'Inde, de la noix muscade, du cubèbe de l'Inde, de la langue de passereau, de la cannelle, du poivre persan, du chardon de l'Inde, de la cardamome, du pyrèthre, des graines de laurier et des fleurs de giroflée. On pile soigneusement ensemble toutes ces substances et on en absorbe autant qu'on peut matin et soir, dans du bouillon, de préférence dans du bouillon de pigeonneau; le bouillon de poulet peut néanmoins être employé sans inconvénient. Il faut avoir soin de boire de l'eau avant et après le remède. On peut aussi prendre de mélange avec du miel, ce qui est, des méthodes, la meilleur et celle qui produit le plus d'effet...

Quant à celui qui a une éjaculation trop hâtive, il doit avaler de la noix muscade et de l'encens (oliban), dont il opère le mélange dans du miel…. Lorsque l'impuissance vient de faiblesse, il faut manger, dans du miel, du pyrèthre, de la graine d'ortie, un peu d'euphorbe, du gingembre vert, de la cannelle de La Mecque et du cardamome. Cette médication fait disparaître la faiblesse et amène la guérison, avec la permission de Dieu très élevé. Je puis garantir l'efficacité de tous ces médicaments dont la vertu a été éprouvée. (chapitre XVII)

Autres aliments aphrodisiaques : des jaunes d'œufs, des asperges, du lait de chamelle...

Celui qui mangera tous les jours, à jeun, des jaunes d'œufs, sans le blanc, trouvera dans cet aliment un excitant énergique pour le coït. Il en sera de même pour celui qui, pendant trois jours, en mangera avec des oignons hachés. Celui qui fera bouillir des asperges et les fera frire ensuite dans de la graisse, puis y versera des jaunes d'œufs avec des condiments pilés, et mangera tous les jours de ce mets, deviendra fort pour le coït et y trouvera un stimulant pour ses désirs amoureux.

Celui qui pèlera des oignons, les placera dans une marmite avec des condiments et des aromates, puis fera frire ce mélange avec de l'huile et des jaunes d'œufs, acquerra, s'il fait usage de cette nourriture pendant plusieurs jours, une vigueur pour le coït qui dépassera toute idée et toute évaluation.

Le lait de chamelle mêlé avec du miel, quand on en boit habituellement, développe dans la copulation une vigueur dont on ne saurait se rendre compte et qui fait que le membre viril ne dort ni le jour, ni la nuit. Celui qui, pendant quelques jours, fera sa nourriture d'œufs cuits avec de la myrrhe, de la cannelle grossière et du poivre, verra se produire une grande vigueur dans ses coïts et dans ses érections. Son membre atteindra ce point de turgescence, qu'il semblera ne plus pouvoir revenir à l'état de repos. (chapitre XXI)

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Platine

Dans son livre de diététique De honesta voluptate, Platine dit au 15e siècle, au chapitre D'habiter avec femme :

On doit éviter de le faire (l'amour) quand on est plein de vin et d'autres viandes (nourritures), car cela provoque des maladies, comme lorsqu'on travaille trop après manger, ce qui empêche de digérer… Si, malgré tout, on le fait, on doit d'abord bouger et marcher un peu avant pour digérer, puis se coucher et dormir. On doit également se garder de le faire (l'amour) quand on a l'estomac vide et quand on a très faim, car une personne trop maigre et sèche deviendra étique et perdra sa chaleur naturelle. Mais la bonne heure pour le faire est quand la nourriture est presque digérée, quand on n'a pas envie de dormir ou de faire autre chose… Habiter avec femme (faire l'amour) n'est pas inutile pour la santé et la volupté, car cela rend le corps plus léger et donne de l'appétit pour manger, cela fait dormir et rend l'homme joyeux en lui faisant passer toutes pensées mélancoliques. Cela soulage les angoisses d'amour dont beaucoup de personnes sont atteintes, cela fait éviter de nombreuses maladies qui peuvent arriver au cœur et au cerveau.

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Alessandro Petronio

En 1562, le médecin du pape Grégoire XIII établit un rapport net entre alimentation et sexualité dans Del viver de gli huomini et di conservar la sanità (De la vie de l'homme et de la conservation de la santé) :

Jusqu'à présent, nous avons parlé de l'évacuation et de la réplétion, nous parlerons maintenant du coït, car il relève de l'évacuation et prend son origine dans l'abondance de l'alimentation; ceux qui se nourrissent légèrement, tels les enfants et les vieux, ne sont pas naturellement enclins au coït, auquel pourtant souvent l'homme s'adonne au risque de grands dommages; c'est pourquoi, qui voudra fuir ces dangers et vivre sans femme devra manger peu, veiller à épuiser son corps, se garder du vin, ne jamais être oisif et prendre soin de se mortifier par des jeûnes, des veilles et des tourments. Quant à celui qui a pris femme et veut accomplir son devoir avec elle, il devra pratiquer le coït très librement de vingt et un ans jusqu'à trente-cinq ans; de cet âge jusqu'à quarante-neuf ans, il procédera plus sobrement; de quarante-neuf ans à soixante-trois ans, encore plus sobrement; et par la suite, il devra considérer qu'il ne doit plus pratiquer le coït, sauf s'il y est poussé très fortement par la nature, mais pas par des incitations extérieures, pour avoir vu quelque chose qui lui plaît, car la semence étant un excellent nutriment, si elle est expulsée inopportunément, ce qui ne se produit pas à soixante-trois ans passés, il advient presque nécessairement que l'homme non seulement maigrit vite, mais aussi qu'il hâte très rapidement la fin de sa vie. Et il faut rappeler ici que ceux qui émettent vite la semence en coïtant doivent s'interdire de l'émettre aussi promptement quand ils s'alimentent légèrement; ceux qui l'émettent tard le feront plus rapidement s'ils copulent à jeun. Citation Les Baumes de l'amour, Piero Camporesi, 1990.

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Diététique hippocratique : Aliments bons pour le coït ou plantes aphrodisiaques


Dioscoride

Il dit que l'anis, chaud et sec au 3e degré, donne de l’ardeur au désir sexuel.

Selon l'école de Salerne

L'école de Salerne dit : Le gingembre en la jeunesse éveille amour jeune et nouveau (traduction Daremberg, 19e).

Livre de simples médecines de Platéarius

Selon Platéarius : La laitue fait venir le lait aux femmes et la semence aux hommes. Pour cela, mieux vaut la manger cuite que crue et nouvelle plutôt que vieille.

L'anis a les mêmes propriétés : poudre d'anis avec des aliments ou des boissons.

La buglosse, le panais, la sarriette, la racine de mauve attachée par un fil de lin au niveau du bas-ventre, la poudre de noix de coco mélangée à de la cannelle en poudre dans les aliments ou le gingembre confit, les semences de frêne, le scinque (poisson des sables, en consommer au maximum 20 g car son effet est très violent), provoquent le désir de luxure.

La verveine : pour avoir l'amour d'un homme, oins-toi les mains de jus de verveine puis en touche celui dont tu veux être aimée.

Albert le Grand

Il confirme que la verveine fait du sperme, rend amoureux, aide au coït, augmente le revenu des terres et des vignes.

Tacuinum Sanitatis

Selon le Tacuinum Sanitatis, la grenade douce, la banane, le panais, les noisettes, le poireau, l'oignon, la roquette, le cresson, le souchet, l'oeuf de poule, le gras et le lard, les petits oiseaux et les grives augmentent la puissance du coït.

La roquette, le cresson, les yeux et les testicules d'animaux, les petits oiseaux et les grives augmentent la quantité de sperme.

Michele Savonarola

Au 15e siècle, le médecin italien Michele Savonarola (1385-1466, ne pas confondre avec le moine Savonarole, brûlé par l'inquisition en 1498) conseille les truffes qui augmentent le sperme et l'appétit du coït. Il recommande également les passereaux qui éveillent la luxure. En Italie, à la même époque, on croit que les aliments "venteux", comme les fèves ou les châtaignes, sont de bons fortifiants pour la pratique sexuelle.

Nostradamus

Au 16e siècle en France, dans son Livre des confitures (chapitre 11), Nostradamus, qui est médecin avant d'être l'auteur des célèbres Prophéties, donne une recette de confiture de gingembre vert. Il explique que le gingembre vert est intéressant pour les femmes qui ne peuvent pas concevoir, à cause d'une matrice froide qui ne peut pas retenir le sperme. Mais, pour Nostradamus, le gingembre vert est encore plus intéressant pour les hommes qui ne peuvent accomplir le devoir de nature. Dans ce cas, il faut en faire un sirop, avec du sucre et le boire.

Nostradamus a écrit également un traité sur les "fardements" (produits cosmétiques). Ce recueil est la 1e partie du livre des confitures. L'ouvrage total, publié à Lyon en 1555, s'appelle Excellent et moult utile Opuscule à tous nécessaire. Nostradamus, au chapitre 17, décrit une "huile de senteur", qui permet à la femme de concevoir un enfant et à l'homme âgé et impotent de s'échauffer. Dans le chapitre 18, il propose un philtre d'amour dans lequel il met des "pommes" de mandragore, des feuilles de verveine, du sang de passereaux, de l'ambre gris, des grains d'orge, de la cannelle, du clou de girofle, du macis, du bois d'aloès, du jonc odorant, le tout cuit dans un sirop de sucre.

Nostradamus propose également au chapitre 24 une potion pour rajeunir les hommes, redonner vigueur à un malade à l'article de la mort et permettre à une femme d'avoir un enfant. Il s'agit d'un mélange complexe à base de minéraux (dont le lapis lazuli), de bois d'aloès, de cannelle, gingembre, buglosse, citron, orange, laitue, courge, ces fruits et légumes étant confits. Il y ajoute de la poudre d'or, de l'ambre, du musc, le tout étant cuit dans un mélange d'eau de rose, de sirop de sucre, de vin blanc.

Catherine Sforza

Au 16e siècle, en Italie, Catherine Sforza, qui a eu 3 maris, est une des rares femmes à s'être penchée sur la question pour le bien de l'homme ET de la femme. Elle aurait pu être médecin s'il elle avait été un homme, car c'est une spécialiste en remèdes et cosmétique. Elle explique, dans son livre Experimenti, que la poudre de scinque (poisson des sables) mélangée à du bon vin, permettra au sexe masculin de rester toujours dur et tu feras tout ce que tu veux et la femme pourra avoir son comptant. Elle propose également un électuaire pour éveiller la luxure, à base de miel, de scinque, de pignons mondés, de cannelle, de jonc odorant et de graines de chanvre pour faire rester dur le membre toute la nuit !

Cette experte, qui a probablement testé sur elle certaines de ses recettes, propose, une potion qui enflamme la femme à la luxure, à base de testicules de cerf ou d'extrémité de queue de renard et de chou. Catherine Sforza propose également du vin à la graine de lin et au poivre ou du vin à la graine d'ortie et au poivre, 2 préparations excitantes pour éveiller fortement la luxure.

Catherine Sforza propose même des remèdes inverses (pour calmer les maris trop empressés ?) : la racine de la menthe aquatique, bue dans de l'eau pendant trente jours, écarte la lubricité.

Citations Les Baumes de l'amour, Piero Camporesi, 1990.

Giovanni Marinello

Toujours au 16e siècle, le médecin Giovanni Marinello, de Modène, propose plusieurs recettes aphrodisiaques :

Prenez une demi-drachme de cantharide, une de scinque mari, une de verge de taureau et une de verge de cerf; deux scrupules de borax, un de poivre noir […], de gingembre, et de cardamome; une demi-drachme de cubèbe, une par espèce de pignons, de pistaches, de racines de satyrion et de palma-christi; une demi-drachme de langues d'oiseaux et de graines de roquette; cinq onces de sucre; et toutes ces choses étant réduites en très fine poudre, vous en ferez un électuaire; vous le trouverez excellent.

Attention, pour les amateurs d'expériences fortes : L'absorption de poudre de cantharide provoque une inflammation des voies urinaires. L'érection, pathologique, en est une conséquence parmi d'autres : émissions d'urines sanglantes, vomissements, douleurs abdominales. La surdose peut être mortelle (50 à 100mg suffisent). Source Wikipedia.

Prendre un bouillon de têtes de poulets et de pigeons et en faire un bon petit plat avec des jaunes d'œufs, un peu de farine de froment, du beurre et de l'huile d'amandes douces en quantité d'une demi-livre et plus si nécessaire; un scrupule de musc et un autre d'ambre; deux onces d'huile de noix muscade; cuire le tout ensemble jusqu'à obtenir une bonne consistance épaisse et en rendre chaque soir une cuiller et boire ensuite du vin chaud. D'aucuns y ajoutent, en quantités égales, des graines de roquette, de la queue de scinque, des satyrions, des pignons, des dattes, du poivre, du gingembre, du vin blanc et rouge, mais les deux manières sont excellentes pour les jeunes et les vieux.

Prendre bien trente cervelles de passereaux ou plus ou moins selon le plaisir de celui qui en voudra, les piler et les mélanger avec diligence dans une grande écuelle. Ensuite, prendre une égale quantité de ce suif qui est autour des reins d'un bouc fraîchement tué, le nettoyer soigneusement, le mélanger aux cervelles puis faire frire l'ensemble dans une poêle; ensuite, après avoir ajouté du miel clarifié, faire cuire le tout jusqu'à ce qu'il se durcisse comme un électuaire. En faire des boulettes pareilles à des noisettes : avant d'aller au lit, l'homme en mastiquera une et il connaître tout le bienfait qu'elles procurent à qui en use.

Citations Les Baumes de l'amour, Piero Camporesi, 1990.

Francesco Carletti

A la fin du 16e siècle, le marchand Florentin Francesco Carletti raconte que dans le comptoir portugais de Goa (Inde), les belles Portugaises et les métisses mitonnent pour leur mari ou leur amant un manger royal. Il est composé de pulpe de chapon, d'abord cuit bouilli ou rôti, émincé très finement puis incorporé et pilé avec des amandes, du sucre, de l'ambre, du musc, des perles moulues, de l'eau de rose et des jaunes d'œufs : une préparation qui, tout en restaurant, incite à nouveau les amants à l'exercice de Vénus. Il s'agit en fait d'une sorte de blanc-manger de luxe, puisque ambre et musc (très à la mode au 16e siècle) ainsi que perles ne sont pas à la portée de toutes les bourses. L'ambre gris était réputé aphrodisiaque car il réconforte le cœur et le cerveau, éveille les sens, convient aux vieux décrépits et à ceux qui sont refroidis, fortifie les nerfs et les membres épuisés, ouvre la matrice et réchauffe la lubricité. Quant au musc, il était censé favoriser l'érection quand on l'étendait sur la verge.

Le vin doux aromatisé à la coriandre était également réputé aphrodisiaque.

Citations Les Baumes de l'amour, Piero Camporesi, 1990.

Au 17e siècle

Au 17e siècle, circule une recette de diasatirion, qui n'est plus seulement réservée à ceux qui veulent faire des enfants. Cette "confiserie" multiplie le sperme, le désir du coït et fait se dresser la verge virile. En voici une recette comportant des ingrédients communs avec la recette de l'Antidotaire Nicolas :

Prendre une livre de panicaut blanc et mondé, bouilli dans un deuxième bouillon de pois chiches, huit onces de couillons de renard (bulbe de l'orchis bouc), trois onces de racines de raifort, deux onces d'armoise. Piler le tout et recouvrir de deux doigts de lait de vache ou de brebis; ajouter quatre onces d'huile de sésame et du beurre frais de lait de vache; cuire (à feu doux) jusqu'à obtenir une pâte épaisse et ajouter avant la fin de la cuisson du lait frais, de l'huile et du beurre et faire cuire parfaitement le tout; incorporer alors six livres d'excellent miel, une livre et demie de suc d'oignon humide. Faire cuire à nouveau le tout, jusqu'à obtenir la bonne consistance : retirer du feu et incorporer ensuite la poudre suivante, huit drachmes de queue et de reins de scinque (poisson des sables), quatre drachmes de graines de roquette, de capucine, de panais, de moutarde, d'asperge, de gingembre, de cinnamome, de poivre long, de mélilot. Après avoir mélangé le tout avec ladite pulpe, y ajouter une livre et demie de pignons mondés, deux onces de pistaches décortiquées; bien mélanger le tout et aromatiser avec une drachme de bon musc. Citation Les Baumes de l'amour, Piero Camporesi, 1990.

Au 17e siècle apparaissent des aliments réputés aphrodisiaques plus exotiques : noix de cola et bois saccuè d'Afrique (probablement l'écorce de yohimbé, un arbre des forêts du Gabon au Congo, qui contient un alcaloïde, la yohimbine, qui favorise l'érection), cacao et coca d'Amérique du sud.

Puis viendront le bois bandé des Antilles (écorce du Richeria Grandis) ou le ginseng d'Asie. Cette dernière racine fait penser, par sa forme qui ressemble vaguement à celle d'un homme, à la mandragore européenne, qui avait la réputation de pousser au pied des pendus, née de leur sperme qui jaillissait au moment de la mort. Mais le ginseng, bien qu'il soit connu en Europe à partir du 17e siècle, relève plus de la diététique chinoise que de la diététique hippocratique.

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Diététique hippocratique : Pratiques magiques


Evangile des quenouilles

Au 15e siècle, une recette de philtre d'amour :

Il est aussi vrai que l'Evangile que lorsqu'une femme veut être aimée de son mari ou de son amant, elle doit lui faire manger de l'herbe à chat (calament Nepeta cataria), ce qui le rendra si amoureux qu'il n'aura de cesse d'être auprès de sa femme. Glose : c'est vrai, dit Burghe Fauvele, car j'ai agi de même avec mon mari, et lui en ai fait manger une salade, mais l'amour qui en résultat ne dura que 6 semaines, voilà pourquoi je pense qu'il le faut renouveler souvent. (Traduction Laetitia Bourgeois-Cornu, in Les bonnes herbes du Moyen Age).

Le Grand Albert

Recueil de recettes magiques, attribuées à tort à Albert le Grand :

La renouée : Que si quelqu'un en boit, elle l'excitera beaucoup à l'amour et lui donnera des forces pour user du coït.

La jusquiame : elle contribue beaucoup à donner de l'amour, et à se servir du coït. Ceux qui se veulent faire aimer des femmes n'ont qu'à la porter sur eux; car ceux qui en portent sont joyeux et fort agréables.

La verveine : elle rend amoureux parce que son suc fait beaucoup de sperme. De plus, si quelqu'un la porte sur soi, il sera fort vigoureux dans le coït, pourvu qu'il n'ait rien d'autre que cette herbe.

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Diététique hippocratique : Aliments mauvais pour le coït


Tacuinum Sanitatis :

Selon le Tacuinum Sanitatis : La laitue et le vin couleur citron sont mauvais pour le coït.


Diététique hippocratique : Contre la luxure


Livre de simples médecines de Platéarius :

Selon Platéarius :Respirer du camphre.

La farine de fève, en emplâtre sur le sexe des enfants, diminue le désir de luxure (anti masturbation).

Les graines de laitue, de plantain, de psyllium, de pastèque, de melon, de courge calebasse, de pourpier, ainsi que le vinaigre, le verjus, le sumac, le calament, la rue, le cumin et l'aneth diminuent le désir de luxure ou enlèvent la volonté du coït.

Francesco Rappi

Au 16e siècle, Francesco Rappi écrit Novo thersauro delle tre castita (le Nouveau trésor des trois chastetés). C'est un recueil de sermons pour favoriser la chasteté, très utile, en particulier, pour calmer le désir sexuel dans les monastères. Il recommande les lentilles cuites avec des graines de laitue, certaines viandes (oie, lièvre, bœuf et poules, à condition qu'elles soient jeunes et pas trop grasses). Ces viandes, comme les poissons, doivent être frits ou rôtis, assaisonnés de verjus ou de vinaigre, avec des oranges et des grenades aigres.

Les femmes qui veulent être chastes ont droit à un régime particulier. Ce régime évite les aliments classés chauds dans la diététique hippocratique et conseille les aliments réputés pour "refroidir" le corps : Elles doivent éviter le poivre noir, manger des champignons (froids et humides). Sont à proscrire des nourritures échauffantes comme la menthe, les graines de chanvre, la rue, le calament, l'euphorbe, la myrrhe et ces autres choses semblables qui augmentent la tentation chez les femmes, "et les poussent jusqu'à la fureur".

Si la femme, qui veut rester chaste, est une grosse mangeuse, elle doit choisir de préférence des aliments qui nourrissent peu, comme le sont maintes herbes, telles que les bettes, l'arroche, la laitue, comme le sont aussi la viande de bœuf, le pain complet, c'est-à-dire d'où n'est pas extraite toute la semoule.

La femme chaste doit éviter les viandes salées et les poissons, lesquels, pour les femmes qui veulent conserver la chasteté, seront cuits à l'eau, c'est-à-dire bouillis. Sont à éviter aussi les testicules des coqs qui multiplient le sperme et rendent les hommes plus forts à la luxure.

Citations Les Baumes de l'amour, Piero Camporesi, 1990.

Giovanni Marinello

Toujours au 16e siècle, le médecin Giovanni Marinello, de Modène, fait la liste des aliments de nature froide et humide pour calmer la luxure : potiron, melon, pourpier, lentilles cuites au vinaigre, viandes d'agneau, de chevreau ou de jeune porc, avec une sauce acide, au vinaigre ou au verjus, au jus de citron ou de cédrat ou d'orange amère.

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Diététique hippocratique : Conseils de Maïmonide pour favoriser le coït et combattre l'impuissance

(Ordonnance au jeune prince impuissant, 12e siècle)

Tout ce qui humidifie et réchauffe modérément, parmi les aliments, remèdes et autres moyens sera … bénéfique au corps en général, et à l'organe de la copulation en particulier.

Aliments favorables au coït

Il dresse une liste d'aliments qui favorisent le coït et luttent donc contre l'impuissance :

Voici les aliments les meilleurs : la viande d'agneau, les pigeons, toutes sortes de cervelles, mais surtout les cervelles de coqs,de pigeons, de poulets; les testicules de coq sont particulièrement bénéfiques à la production abondante de sperme et à sa sécrétion sous tous les climats et à tous les âges...

Il cite également la moelle de boeuf, le jaune d'oeufs de poule, les oeufs de pigeons, de perdrix, le lait à peine trait.

Légumes favorables au coït

Le navet, la laitue scarole, les oignons (surtout blancs), l'aneth, la menthe poivrée, l'arroche des jardins, les fèves, les haricots doliques, le sésame, les asperges vertes.

Fruits favorables au coït

Les amandes sèches, les noix fraîches, les pistaches, les pignons, les noix de coco, le poivre noir.

Boisson favorable au coït

Le vin, car il provoque l'érection, et plus spécialement quand il est bu avec plaisir après le repas ou au sortir du bain, car son action alors est plus forte que celle de tout autre aphrodisiaque.

Mélange d'épices conseillées pour favoriser le coït

Poivre long, galanga, cannelle, anis, macis, noix de muscade.

Plats conseillés pour favoriser le coït

Plat composé d'agneau, de pois chiche, de carottes, de navets, d'oignons blancs, de jaune d'oeuf et du mélange d'épices.

Risia : plat fait avec de la viande d'agneau ou du chapon additionné du mélange d'épices.

Boire du lait chaud parfumé au clou de girofle.

Oignons grillés saupoudrés du mélange d'épices, accompagné d'un jaune d'oeuf dur.

Un mélange de jaune d'oeuf mollet saupoudré d'épices, mangé avant le coït favorise la copulation et accroît la sécrétion du sperme.

Aliments déconseillés pour le coït

Epices déconseillées car elles diminuent l'érection : les épices chaudes et sèches comme le cumin, la nigelle, le carvi, la moutarde.

Légumes déconseillés car ils diminuent l'érection : les légumes froids et secs comme les lentilles, la gesse, l'épinard, la laitue romaine, le concombre, le melon.

Le vinaigre est également déconseillé.

Régime de vie pour combattre l'impuissance

Aller aux bains au moins une fois tous les 5 jours, sans s'y prélasser; respirer des essences chaudes de myrrhe, ambre et galia; manger après le bain et boire du vin aromatique, du sirop de miel ou du sirop d'Hippocrate; prendre un bain de pied chaud chaque soir avant le sommeil, été comme hiver (plus les pieds sont froids, moins l'érection se fait); se réchauffer le bas-ventre en permanence et le frictionner avec du beurre; se frictionner le bas-ventre le matin au réveil avec de l'essence de myrrhe; boire régulièrement de l'eau ferrugineuse.

Les recettes "Viagra" de Maïmonide

Dans la médecine hippocratique, le cerveau est considéré comme lieu de sécrétion du sperme. Parmi les conseils pour aider le neveu du fils de Saladin à guérir de son impuissance, Maïmonide présente les 4 recettes suivantes, réputées fortifier le cerveau et donc le coït :

Tourte de Galien : 50 cervelles de poulet et de pigeon, 20 jaunes d'oeuf de poule, 10 oeufs de poule fécondée, bouillon de viande fait avec de la viande hachée d'agneau égorgé, 1/3 d'once de jus d'oignon grillé, 5 onces d'eau de carotte, sel et condiments en poudre selon le besoin, 100 onces de beurre. Faire une tourte et la manger. Puis boire après digestion, du vin fort.

Autre tourte : 4 oignons grillés puis épluchés et émincés. 1/2 livre de viande d'agneau cuite à l'étouffée dans son bouillon jusqu'à réduction et cuisson complète. Hacher la viande, la mélanger aux oignons, avec le reste du jus. Ajouter 20 jaunes d'oeufs de poule. Mélanger. Ajouter les épices permises, et une pincée de sel. Rissoler dans l'huile de sésame ou du beurre. On peut mettre de la carotte à la place de l'oignon ou mettre oignon et carotte.

Autre tourte : prendre 3 onces de testicules de coq, 3 onces de cervelles de volaille, 20 oeufs de poule ou plus si ce sont des oeufs de pigeon, des épices en quantité modérée. Rissoler le tout dans l'huile de sésame ou du beurre. On peut remplacer la viande par de la cervelle de mouton.

Douceurs : 2 onces de pistaches, 2 onces d'amandes décortiquées, de la pâte de sésame, 1 once de grains d'uruga, 1 once de graines de melon, 4 livres de sucre et de miel. Faire des macarons qu'on fait frire dans l'huile de sésame. Faire un sirop de miel et arroser le gâteau.

Autre pâtisserie : faire tremper des pois dans de l'eau d'uruga jusqu'à ce qu'ils gonflent et perdent leur peau. Mélanger une partie à une partie des macarons de la préparation précédente. Faire frire le tout dans de l'huile de sésame, pour en faire des gâteaux bien saisis.

Manger ces nourritures aphrodisiaques au sortir du bain, et boire 3 onces de vin aromatisé pour fortifier le corps.

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Le discours érotique

Aliment aphrodisiaque ou discours érotique ?

Casanova

Au 18e siècle, avec Casanova, le grand séducteur italien, l'huître devient un aliment aphrodisiaque. Commence un jeu étrange entre érotisme et aliment. On ne sait plus si le pouvoir aphrodisiaque provient de certains aliments, comme on le croyait auparavant ou si c'est le discours amoureux et l'ambiance érotique autour du repas qui provoquent la montée du désir. Le traditionnel dîner amoureux aux chandelles, avec champagne et huîtres, qui est encore recommandé au 21e siècle pour séduire une femme, n'est que l'avatar du jeu érotique avec l'huître imaginé par Casanova. Il veut séduire 2 jeunes oies blanches, encore au couvent et les initie au baiser de l'huître, espérant faire tomber leur résistance :

Nous nous mîmes à table où j'appris à ces filles à manger des huîtres en leur donnant l'exemple. Elles nageaient dans leur eau. Armelline, après en avoir avalé cinq à six dit à Emilie qu'un morceau si délicat devait être un péché ; Emilie répondit que ça ne devrait pas être un péché parce que le morceau était exquis, mais parce que à chaque huître, nous avalions un demi-paul (une monnaie romaine)...

Mon amour qui mourrait de faim enviait le sort de ma bouche. En mangeant 50 huîtres nous vidâmes deux bouteilles de Champagne mousseux, qui fit rire ces bonnes filles qui se trouvaient obligées à commettre l'indécente faute du renvoi. Que j'étais fâché de ne pouvoir pas me livrer au rire, et dévorer de baisers Armelline que je ne pouvais dévorer que des yeux ! J'ai dit au valet de servir le souper, gardant les autres huîtres au dessert. Elles se trouvaient étonnées de se trouver l'appétit plus vif après avoir mangé 18 morceaux si excellents. Armelline me paraissait devenue amoureuse ; j'avais besoin de me flatter et de l'espérer...

J'ai fait porter des citrons, une bouteille de rhum, du sucre, une grande jatte et de l'eau chaude, et, après avoir fait mettre sur la table les autres 50 huîtres, j'ai renvoyé le valet. J'ai fait un grand punch que j'ai animé en y versant une bouteille de Champagne. Après avoir avalé cinq à six huîtres et bu du punch qui fit faire les hauts cris aux deux filles, car elles se trouvaient excédées par les charmes de cette boisson, je me suis avisé de prier Emilie de me mettre dans la bouche avec ses propres lèvres une huître... Je lui ai mis la coquille à la bouche, je lui ai dit de humer l'eau en gardant l'huître entre ses lèvres. Elle exécuta la leçon fidèlement après avoir bien ri, et j'ai recueilli l'huître en collant mes lèvres sur les siennes avec la plus grande décence...

Histoire de ma vie, Casanova, Volume 12, chapitre II

Après ce chaste baiser à l'huître, l'affaire n'est pas conclue, Armelline résiste, trop bien éduquée. Casanova réinvite les deux jeunes filles pour un nouveau souper à l'huître :

Ce fut par hasard qu’une belle huître que je donnai à Emilie, en approchant la coquille de ses lèvres, tomba au milieu de sa gorge; elle voulait la reprendre, mais je l’ai réclamée de droit, et elle dut céder, se laisser délacer, et me permettre de recueillir avec mes lèvres au fond où elle était tombée. Elle dut souffrir par là que je la découvrisse entièrement; mais j’ai ramassé l’huître d’une façon qu’il n’y eut aucune apparence que j’eusse ressenti autre plaisir que celui d’avoir repris, mâché et avalé l’huître...
Quatre ou cinq huîtres après, j’ai donné une huître à Armelline, la tenant sur ma cuisse, et adroitement je l’ai versée sur sa gorge, ce qui fit beaucoup rire Emilie qui dans le fond était fâchée qu’Armelline allât exempte d’une épreuve d’intrépidité pareille à celle qu’elle m’avait donnée...

Je lui délace tout le gilet, et l’huître étant tombée en bas tant que possible, je me plains de devoir l’aller chercher avec ma main. Grand Dieu! Quel martyre pour un homme amoureux de devoir dissimuler l’excès de son contentement dans un pareil moment! Armelline ne pouvait m’accuser de rien sous le moindre prétexte, car je ne touchais ses charmants seins, durs comme du marbre, que pour chercher l’huître. Après l’avoir prise et avalée, j’ai empoigné un des seins en réclamant l’eau de l’huître qui l’avait inondé, je me suis emparé du bouton de rose avec mes lèvres avides, en me livrant à toute la volupté que m’inspirait le lait imaginaire que j’ai sucé pour deux ou trois minutes de suite.

Histoire de ma vie, Casanova, Volume 12, chapitre III

Comme nous le constatons, et contrairement à la légende qui circule, Casanova n'utilise pas ici l'huître comme aphrodisiaque pour lui-même : l'huître est un aliment érotique pour éveiller le désir chez 2 jeunes filles vierges, bloquées par leur éducation. Casanova arrive d'ailleurs à ses fins après un autre souper sans huîtres.

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Grimaud de la Reynière

Entre 1802 et 1813, paraît l'Almanach des Gourmandes de Grimaud de la Reynière. Pour lui : les femmes, qui partout ailleurs font le charme de la société, se trouvent déplacées dans un dîner de gourmands, où l'attention, qui ne veut point être partagée, est tout entière pour ce qui garnit la table et non pour ce qui l'entoure. Mais, après le vin nuptial et le café, le beau sexe reprend tous ses droits. Le Dr Gastaldy prétend même qu'alors il en a acquis de plus vifs encore.

Cette vision misogyne de la table, où la femme est incapable de savoir déguster mets et vins, mais où elle sert de "dessert", continue jusqu'au 20e siècle. C'est cette vision des choses qui bloquera longtemps l'essor des grands chefs féminins.

Brillat-Savarin et Maupassant

Au 19e siècle, les repas gourmands ont donc lieu entre hommes et quand les femmes sont présentes, ce sont souvent des demi-mondaines ou des gourgandines. Le discours gastronomique fait alors une place aux aliments aphrodisiaques, issus ou non de la tradition hippocratique. Avec Brillat-Savarin, le langage gastronomique rejoint le langage amoureux. Brillat-Savarin parle de plaisir de la table, de jouissance du goût, des souvenirs gourmands et érotiques éveillés par les truffes, de la volupté causée par le chocolat à l'ambre. Maupassant, dans Bel-Ami, continue de cultiver l'ambiguïté créée par Casanova entre repas et érotisme. Le repas auquel participe Georges Duroy, dit Bel-Ami, au café Riche, en compagnie de Mme de Marelle et des époux Forestier, est un bel exemple de ce lien entre discours amoureux et discours gastronomique :

Les huîtres d'Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées en des coquilles, et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés.
Puis, après le potage, on servit une truite rose comme de la chair de jeune fille ; et les convives commencèrent à causer...

Et comme la première entrée n'arrivait pas, ils buvaient de temps en temps une gorgée de champagne en grignotant des croûtes arrachées sur le dos des petits pains ronds. Et la pensée de l'amour, lente et envahissante, entrait en eux, enivrait peu à peu leur âme, comme le vin clair, tombé goutte à goutte en leur gorge, échauffait leur sang et troublait leur esprit.

On apporta des côtelettes d'agneau, tendres, légères, couchées sur un lit épais et menu de pointes d'asperges.

" Bigre ! La bonne chose ! " s'écria Forestier. Et ils mangeaient avec lenteur, savourant la viande fine et le légume onctueux comme une crème...

Ce fut le moment des sous-entendus adroits, des voiles levés par des mots, comme on lève des jupes, le moment des ruses de langage, des audaces habiles et déguisées, de toutes les hypocrisies impudiques, de la phrase qui montre des images dévêtues avec des expressions couvertes, qui fait passer dans l'oeil et dans l'esprit la vision rapide de tout ce qu'on ne peut pas dire, et permet aux gens du monde une sorte d'amour subtil et mystérieux, une sorte de contact impur des pensées par l'évocation simultanée, troublante et sensuelle comme une étreinte, de toutes les choses secrètes, honteuses et désirées de l'enlacement. On avait apporté le rôti, des perdreaux flanqués de cailles, puis des petits pois, puis une terrine de foie gras accompagnée d'une salade aux feuilles dentelées, emplissant comme une mousse verte un grand saladier en forme de cuvette. Ils avaient mangé de tout cela sans y goûter, sans s'en douter, uniquement préoccupés de ce qu'ils disaient, plongés dans un bain d'amour...

Maupassant décrit également un repas amoureux entre Mme de Marelle et Georges Duroy en termes très ambigus. On ne sait plus vraiment s'il s'agit de gourmandise ou d'érotisme :

Elle, tremblante, apeurée et ravie, se mettait à boire le jus rouge des fruits, à petits coups, en regardant autour d'elle d'un oeil inquiet et allumé. Chaque cerise avalée lui donnait la sensation d'une faute commise, chaque goutte du liquide brûlant et poivré descendant en sa gorge lui procurait un plaisir âcre, la joie d'une jouissance scélérate et défendue.

Psychopathia sexualis

En 1886 paraît Psychopathia sexualis, la première étude complète des troubles sexuels, écrite par le Docteur allemand Richard von Krafft-Ebing. Elle est rééditée en 1923, complétée par le psychiatre allemand Albert Moll. Nous sommes étonnés de constater que les aliments aphrodisiaques ne sont pas étudiés. Ces deux médecins n'ont-ils rencontré aucun cas pathologique d'excitation sexuelle due à une trop forte consommation d'aphrodisiaques ? N'ont-ils rencontrés aucun cas de fétichisme alimentaire ? A la fin du 19e siècle, période de développement de l'esprit scientifique, Krafft-Ebing a-t-il jugé que la consommation d'aliments prétendus aphrodisiaques n'induisait pas de comportements pathologiques ? C'est étonnant, car il classe pathologiques des comportements qu'on juge aujourd'hui différemment (masturbation, homosexualité, partenaires multiples).

Cet ouvrage, qui veut être avant tout médical et scientifique, ne mentionne qu'une seule fois (sauf erreur de notre part) l'influence de l'alimentation sur les pulsions sexuelles :

La vie confortable et exagérément sédentaire, l'usage des spiritueux, des épices, peut-être aussi une nourriture où dominent les aliments d'origine animale, etc., agissent comme des stimulants de la vie sexuelle. (chapitre VII, Hyperesthénie sexuelle)

A partir du 20e siècle

La chimie moderne prend peu à peu le relais des plantes et aliments pour résoudre les problèmes d'érection. Puis le viagra vint, qui balaya tous les autres médicaments, ou presque. Mais on retrouve actuellement, dans les sites Internet qui parlent des plantes aphrodisiaques, un certain nombre de produits conseillés dans les siècles précédents. L'huître est toujours présente, mais on justifie maintenant scientifiquement son pouvoir aphrodisiaque : elle est riche en zinc, un oligo-élément qui favorise la production de sperme et stimule la production de testostérone. En réalité, on sait que 6 huîtres procurent 8 fois la dose quotidienne nécessaire en zinc. Mais l'effet sur la testostérone n'est pas immédiat. Manger des huîtres ne correspond pas à un cachet de viagra ! Il semblerait qu'un ostréiculteur australien innovant ait combiné l'effet du viagra et celui de l'huître en mangeant des huîtres dopées au viagra (article Libération 5/6/2007).

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Miro, logo diététique alternatives Diététiques alternatives

En phytothérapie, certaines plantes sont réputées pour leur action stimulante et aphrodisiaque, permettant de résoudre les problèmes d'impuissance. On retrouve souvent les mêmes plantes déjà sélectionnées pour les mêmes effets, dans les diététiques historiques (diététique hippocratique, ayurvédique ou chinoise). Les recherches scientifiques modernes ne sont pas toujours d'accord avec ces affirmations.

Le gingembre, qui contient des gingérols, est réputé pour ses propriétés aphrodisiaques, qui auraient une action bénéfique sur la fertilité, par augmentation du volume de sperme et amélioration de la mobilité des spermatozoïdes. Le gingembre est donc prescrit contre l'impuissance dans les guides de phytothérapie.

Il est recommander de manger des feuilles de roquette (mélangées à la salade), du persil plat haché, du safran qu'on ajoute à la cuisson des poissons de mer, du blé germé.

L'avoine est réputé provoquer une stimulation hormonale.

Plusieurs infusions et plusieurs vins aromatisés sont conseillés : infusion de menthe poivrée, de millepertuis, d'orchis mâle, de sarriette; vin de berce, de fenouil sauvage, de romarin et de sauge mélangés.


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